Réseau(x) par Juliah

Réseau(x)Réseau(x) fait partie de ces livres, inclassables, hors-normes, dans lesquels on plonge dès les premiers mots, et desquels on ne ressort pas indemnes. L’éditeur présente ce roman comme un ouvrage singulier, mais le lecteur sera sans doute marqué par son aspect pluriel, dans la construction, la profusion d’actions, de personnages, d’émotions… Le titre, avec cette proposition de singulier/pluriel faite par les parenthèses, colle donc à merveille au roman.

Alors, soyons clairs, c’est un thriller particulièrement original, donc je serai bien incapable de vous le résumer. L’intrigue centrale tourne autour d’une adolescente au caractère fortement marqué par ses troubles du sommeil, Sixtine alias Sixie. Ses cauchemars à répétition et ses insomnies lui donnent parfois l’impression de perdre la raison, mais le réseau social DKB, et notamment sa partie nocturne MDP (My Dark Place) lui permet d’exorciser cela en mettant des mots, et parfois des images, sur ses nuits pour le moins agitées. Elle se retrouve malgré elle au coeur d’une lutte entre anarchistes et policiers, tout comme l’ensemble des protagonistes. Il faut quelques pages pour se familiariser avec le concept du réseau, son lexique, son fonctionnement, et pour apprivoiser les différents personnages et faire le lien entre eux. Une fois que cela est en place, c’est parti pour les montagnes russes et le train de la peur!

Les personnages sont bien travaillés, très humains dans leur forces et leurs faiblesses. J’ai un faible pour Théo, et pour l’humour de Nada#1, dont les actions « choc » ne manqueront pas de vous arracher un sourire, tout en poussant à la réflexion. Ce système de groupe anarchiste qui fonctionne comme une « monarchie participative » est assez savoureux !

En revanche, la profusion d’actions, intrigues et rebondissements simultanés ainsi que la foule des personnages m’ont parfois un peu perdue dans ma lecture, apportant de nombreuses digressions sans pour autant donner du rythme. Cela apporte à mon sens un peu de lourdeur à l’ensemble.

Le monde des rêves est très présent, notamment dans la première partie du livre, et les cauchemars racontés de manière brute ont été, pour ma part, assez contagieux !!! Le virtuel et le réel s’imbriquent, se mêlent, et on se sent comme pris au piège dans une immense toile d’araignée qui nous dépasse, et se referme sur le lecteur et les personnages.

Le style de l’auteur est vif, rythmé et direct. Parfois violent et cru, parfois drôle ou onirique, mais jamais neutre, il embarque le lecteur dans une expérience peu commune. Même si j’ai parfois un peu décroché du roman (quelques longueurs au début, à mon goût), ma curiosité n’a été satisfaite qu’à la toute fin, et c’est bien ce qu’on attend d’un thriller : mission accomplie! La forme de ce roman est originale, avec sa découpe en nuits, et à l’intérieur de ces nuits, ses paragraphes courts, numérotés, alternant les points de vue et entremêlant les intrigues. On aime tant ces prises de risque et les auteurs qui s’affranchissent des conventions, qu’on en redemande ! Décidémment, que la littérature de jeunesse et « young adult » est riche de propositions ces temps-ci !

Pour conclure, je conseille ce roman aux bons lecteurs, à partir de 15 ans (et non pas 12 comme indiqué parfois !) et aux adultes. Les amateurs de thrillers et autres geeks y trouveront leur compte, tout comme les lecteurs curieux de nouvelles expériences. Ce roman fait partie des livres qui ne laissent pas indifférents, et il y a fort à parier qu’il provoquera beaucoup de réactions et d’avis variés à sa sortie ! Un grand merci aux Editions Nathan pour cette découverte. Il reste maintenant un grand point d’interrogation concernant le tournant que prendra le prochain tome !

Source : L’Ouvr’Age, le blog de Juliah

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