Entretien avec Stéphane Nicolet – Revue NVL

Peintre, illustrateur, graphiste et maquettiste, autodidacte, il est entré dans le métier au bonheur des rencontres…

Entretien réalisé par Bernadette Poulou, Directrice de Publication de la revue NVL

Les débuts ?

« Mon premier documentaire est Rapaces, chez Mama Josefa en 2010. Puis une première commande est venue de Nathan : Ton livre à dessiner. L’éditeur avait vu les images de rapaces et leur diversité avait été appréciée. J’étais dans mes petits souliers puisque chez le même éditeur existe déjà une méthode illustrée par Quentin Blake ! On m’a aussi confié le texte, on m’a laissé inventer la méthode… »

Le livre propose « de fabriquer des images. Mais attention pas n’importe quelles images, des images à raconter : des illustrations… ». Chaque double page invite l’enfant à entrer dans une scène et, soit une technique (tirer parti d’un gribouillis pour le transformer en dessin abouti), soit un matériau (pâte à modeler, objets de récup), soit une notion (les plans, la perspective). L’enfant est invité à s’approprier la page et les propositions très ouvertes…qui ne manquent pas d’humour. Ont suivi deux autres ouvrages Youpi, oups, beurk ! tout sur ces émotions qui pimentent la vie en 2012 et Zizi, lolos, smacks, toutes les questions que tu te poses sur l’amour et la sexualité en 2013. D’un format carré très maniable, ils abordent par double page les questions que l’enfant se pose sur le sujet. « J’ai beaucoup aimé le texte du premier ouvrage sur les émotions. Le texte est pointu, mais si on accompagne l’enfant, il est d’une grande richesse. » « Pour Zizi, lolos… le texte étant très scientifique, j’ai essayé d’aborder avec humour ces sujets pas faciles sans être cru ni vulgaire… ». Tout ce qui concerne la découverte du corps et ses changements est ainsi abordée par le jeu des caches qui se soulèvent. « J’aime utiliser des techniques différentes. Pour la page Bêtes de sexe j’ai utilisé des photos d’animaux que je me suis amusé à habiller. » La page « A fond les formes » est ainsi illustrée de photos de pommes, poires, melons pour mieux parler de la forme des seins. Comment aborder le baiser sans convier Klimt mais avec le regard décalé de l’enfant ? Toutes les questions liées à la transformation du corps, à la sexualité sont traitées avec sensibilité, pudeur et accompagnées de clins d’œil complices.

Comment se sont faits ces livres ?

« J’ai reçu un manuscrit et une proposition de mise en page du texte. J’ai travaillé à partir de là. J’aime faire des recherches iconographiques, des lectures. Et il m’arrive de dire que je ne trouve pas pertinent telle ou telle chose. Pour montrer un nu masculin, on m’avait proposé un David, mais pas sous cette forme, en grand sur la double page, il fallait tourner le livre pour le voir en hauteur. J’ai proposé des angles différents, je l’ai habillé. J’aime détourner les images. » Chez Nathan aussi dans la collection Les concentrés, j’ai réalisé l’illustration. Là, la maquette est contraignante : disposition du texte, format des illustrations… Pour Grands Personnages, j’ai adopté le crayonné, pour Grandes Capitales le dessin numérique. Je n’aime pas être asservi à un style, on peut me mettre à toutes les sauces ! ». Chacune des illustrations mérite d’être explorée, décryptée : construite à partir des images qui symbolisent en quelque sorte la ville, leur traitement souligne les clichés. La baguette de pain sous le bras d’une gargouille réunit Notre Dame de Paris et le Parisien !

Chez Mama Josefa, comment concevez-vous votre travail d’illustrateur ?

« Là, on est dans une méthode chorale, collégiale. Tout le monde donne son avis. Mise en page, texte, illustrations. Pour Rugby et Rapaces, Emmanuelle Garcia a fait des propositions de mise en page que j’interprète. Pour Petite histoire des jardins, j’ai travaillé à partir des dessins des enfants et des réalisations de Katya Knight. Pour Gitanie, je disposais d’abord de mon travail personnel : j’avais réalisé un imagier constitué d’une dizaine de tableaux sur la culture tsigane. D’ailleurs ces images ont été exposées dans les classes pour déclencher les échanges. J’avais aussi un matériau énorme, à la fois textes et illustrations réunis par E. Garcia. Le texte me paraissait parfois trop « savant ». J’ai suggéré d’introduire comme un récitatif, un narratif personnel, qui a finalement permis de donner au livre l’aspect d’un carnet de voyage. Du coup, cela permettait d’adopter une mise en page un peu « bazar », désordonnée, comme dans une collecte au cours d’un voyage… J’ai animé beaucoup d’ateliers avec les petits voyageurs mais ce n’est pas tant leurs dessins qui m’ont nourri que ce que j’apprenais d’eux. Beaucoup de choses sont venues au fil des rencontres. Par exemple, un jour on m’a dit « Vous nous prenez pour des Apaches, des Indiens… » et aussitôt, je les ai vus… On a fait des photos, j’ai rajouté les plumes, les peintures sur les visages après… »

Et vous assurez aussi la mise en page ?

« Oui et j’aime vraiment, parce que la mise en page offre aussi une manière de lire le livre. Le lettrage aussi est important, il accompagne l’illustration. J’aime ce travail qui envisage le livre dans sa globalité».

Des projets ?

Je travaille actuellement à la mise en page de Petite histoire des choses équestres, avec Corinne Calmels aux textes et Chloé Pujol aux images ; pour Nathan, je travaille sur un livre de la collection Les concentrés sur les USA. On m’a demandé aussi de réfléchir à un livre humoristique…

Sur ?

« J’ai carte blanche ! C’est le plus dur ! On râle après les contraintes mais quand on est complètement libre… C’est encore plus dur ! »

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