Chronique – L’année solitaire

Chronique rédigée par Magdalena pour le Blog Lire Délivre

La chronique
C’est comme ça. Il y a des titres qui nous attirent, des couvertures, des résumés. Le mot qui nous fait dire/penser/crier « Il me faut ce livre ! ». Et quand vous le refermez, vous ne savez plus trop qui vous êtes, où vous êtes, mais vous comprenez pourquoi vous le vouliez tant. Récemment, j’ai eu ce genre d’effet avec L’année solitaire d’Alice Oseman, et j’ai rencontre Tori, que j’aurais aimé connaître pendant mes années lycée.

Il y a deux manières de vivre ses années lycées. Pour certains, ce seront les meilleures années, une traversée paisible jusqu’au bac. Pour d’autres, le lycée s’apparente littéralement à l’enfer. Comment ? Pourquoi ? C’est comme ça. Alors parfois, on laisse simplement les choses aller, attendant que ça change. Espérant secrètement, inconsciemment, que quelque chose changera. Et il n’y a pas de profil type, aucune manière de savoir qui est prédéterminé à détester ou aimer le lycée, qui réussira à y faire sa place et qui n’y arrivera pas. C’est ce que nous démontre Alice Oseman dans L’année solitaire.
Victoria Spring préfère qu’on l’appelle Tori, elle tient un blog et sa meilleure amie s’appelle Becky Allen. Elle adore son petit frère, Charlie, deux classes en dessous d’elle, et son autre frère Oliver. Cette année, c’est celle de sa première, mais celle aussi de tous les changements. Lucas, son meilleur ami de primaire, refait surface dans sa vie. Michael Holden, nouveau, s’intéresse trop ? à elle. Sa relation avec Becky s’effrite. Et SOLITAIRE, un blog tenu par des anonymes, envahit la vie lycéenne, menant des actions dont Tori se sent la cible…
Je crois que s’il y a bien une chose qui m’a marquée dans L’année solitaire, c’est son authenticité et la manière dont il se dégage du paysage des contemporains ados. Parce qu’il a été écrit par quelqu’un de 18 ans ? Parce que Tori est l’une des héroïnes des plus pessimistes que j’ai pu rencontrées ? Parce que les dialogues, nombreux, ont quelque chose de réel et profond? Parce que Michael Holden est le personnage auquel je m’attendais le moins ? Tous ces éléments, et bien d’autres encore, contribuent pour moi à l’originalité du roman d’Alice Oseman. Et qui font que je l’ai adoré !
Pour autant, c’est un peu à double tranchant. L’ambiance est sombre, parfois pesante, ajoutée à une héroïne cynique et isolée. Parfois, j’avais l’impression qu’il n’y avait pas de lumière dans l’intrigue, pas d’espoir, pas de réponses. Du coup, on peut avoir le sentiment que le récit est trop, au point d’en devenir oppressant. Mais personnellement, j’ai beaucoup apprécié cet aspect. Tori, sa bande, nous rappellent forcément nos propres années de lycée, nos doutes, nos questions, nos envies. Et ici, c’est dépeint avec franchise, sans que l’on cherche à édulcorer quoi que ce soit.
Je me suis dit que j’avais manqué d’une lecture pareille pendant ma propre scolarité. Si « L’année solitaire » ne donne pas vraiment de réponses sur la façon d’améliorer ses années de scolarité, tout simplement parce qu’il n’y a pas de mode d’emploi type, il offre des pistes aux lecteurs, de même qu’il nous aide à nous sentir moins seul. Ce n’est plus comme si nous étions un cas exceptionnel, la seule personne à vivre son adolescence comme une mauvaise expérience. Et finalement, il nous ouvre aussi les yeux sur les autres, nous répète habilement qu’un sourire ou une bonne réputation ne font pas tout…
A travers ses personnages, Alice Oseman évoque en chacun de nous des problèmes d’adolescents avec justesse et provoque beaucoup d’émotion ! Tori m’a facilement rappelé celle que j’étais il y a quelques années, mais il y a aussi Michael Holden, dont l’enthousiasme et les sourires semblent cacher bien des choses. Il y a Charlie, qui est tombé malade et ne peut plus rester sans surveillance, Lucas, qui réapparaît et cherche à comprendre ce qui a changé, Becky, la meilleure amie avec qui les liens se distendent. Une palette de personnages, différents mais qui partagent leur sensibilité, leur complexité. Et chacun d’eux m’a touchée, exaspérée, ennuyée, apeurée, attristée, dégoûtée,… par ses idées, par ses actes ou seulement par son laisser aller.
Enfin, il y a SOLITAIRE. J’ai aimé l’idée, j’ai aimé le développement, j’ai aimé le dénouement. Je regrette cependant que cette trame n’ait pas été plus fouillée. Tori prend très peu de chose à cœur, et malgré l’intérêt que semble lui susciter le groupe à la tête de SOLITAIRE, le sien est d’abord assez limité. Elle s’y intéresse sur le tard, alors que l’on s’est déjà plus ou moins fait une idée de qui se cache derrière ce blog et toutes ces actions étranges, voire dangereuses, qui viennent perturber la vie du lycée. Reste à découvrir pourquoi, et en comprendre toutes les ficelles.
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