Article Livre Hebdo – Montreuil retrouve son public

Afficher l'image d'origineUn an après l’effondrement de la fréquentation provoqué par le contexte des massacres intervenus quinze jours plus tôt à Paris, le 32e Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil a renoué avec le succès du 30 novembre au 5 décembre, avec plus de visiteurs, des bonnes ventes et des adolescents en nombre.

Visiteurs, éditeurs et organisateurs sont soulagés. Le 32e Salon du livre et de la presse jeunesse, organisé du 30 novembre au 5 décembre à Montreuil (Seine-Saint-Denis) sur le thème « Sens dessus dessous », a effacé les mauvais souvenirs de la précédente édition, qui s’était déroulée dans des conditions difficiles moins de quinze jours après les massacres du Bataclan et des terrasses du 11e arrondissement de Paris.

Le public est revenu et Sylvie Vassallo, directrice du Slpj 93 annonce 175000 visiteurs, soit davantage qu’en 2014 (162000) et bien sûr, qu’en 2015 (139000). La gratuité les trois premiers jours et le prix modeste (5 euros l’entrée, échangée contre un Chèque Lire de 4 euros) le week-end ont incontestablement permis d’en augmenter le nombre, même si les enfants dans le cadre scolaire ou des centres de loisirs étaient moins nombreux (28000 au lieu de 30000). « Cela avait une dimension symbolique. Le fait que le salon soit ouvert à tous tout le temps, a permis aux familles de comprendre qu’elles pouvaient profiter du salon à d’autres moments que le week-end. Nous avons vraiment touché un public supplémentaire » se réjouit Sylvie Vassallo.

La qualité de l’exposition « La règle et le jeu », avec des livres d’artistes, qui va voyager en Europe dans le cadre du projet Transbook, les belles vitrines de livres anciens fournis par Les libraires associés, la scénographie et les quatre scènes agrandies, bien visibles en tôle ondulée orange, ont aussi contribué à en faire un salon chaleureux et joyeux. Sylvie Vassallo note aussi un accroissement du public étudiant, déjà utilisateur des rencontres Tremplin et fans des Master Classes avec les artistes du monde entier dans le cadre du projet européen Transbook.

Les ados accros

Les adolescents se sont aussi emparés de la manifestation, s’y donnant rendez-vous, patientant pendant des heures pour leurs auteurs favoris, notamment étrangers. La queue allait jusqu’à l’escalator pour Estelle Eskame (auteur de DIMILY, qui en a signé 200) et pour Rebecca Donovan (Ma raison de vivre) chez PKJ. Sans effrayer les stands voisins: Victor Dixen chez Laffont (« R ») a signé pendant six heures samedi sa trilogie Phobos et Amy Harmon (Nos faces cachées) a attiré les lectrices. Le YouTubeur Kevin Tran, créateur du Rire jaune et auteur du manga Ki & Hi, a soulevé l’enthousiasme chez Michel Lafon.

Chez Nathan, Cathy Cassidy (Les filles au chocolat) a signé 200 volumes et les quatre auteurs de U4, la nouveauté Contagion (Nathan/Syros). Chez Bayard Jeunesse, Matthew J. Kirby, l’auteur de Assassin’s creed Les derniers descendants, en a signé 120, et les lecteurs ont acheté tous les Miss Peregrine. Chez Gallimard Jeunesse, c’est Christelle Dabos, la gagnante du premier concours d’écriture (La passe-miroirs) qu’ils sont venus chercher et chez Sarbacane, le nouveau Clémentine Beauvais (Songe à la douceur).

Sur la scène Transbook, scolaires et adolescents ont voté massivement pour la meilleure critique sur le net (« BookTube Power ») et l’atelier d’écriture de Manon Fargetton a fait le plein. « La présence des adolescents est manifeste et leur participation est plus active. Il y a eu un pique-nique de blogueurs dimanche. Cela nous conforte dans l’idée que le salon a la capacité d’inventer de nouvelles formes de rencontres avec le livre, en phase avec les nouvelles générations », estime Sylvie Vassallo. Sur le stand d’Albin Michel Jeunesse, Yellowstar a amené des gens qui ne viennent pas habituellement :« Nos enfants lisent David Walliams et jouent à League of Legends. Montreuil révèle la face cachée des enfants que ne voient jamais les parents », observe la librairie Nathalie Bertin (Millepages).

Les Pépites tirent les ventes

L’obtention d’une Pépite (elles étaient décernées cette année pour la première fois en ouverture du salon) ou des têtes d’affiche sont en tout cas les clés de bonnes ventes. Tourbillon a explosé son chiffre d’affaires grâce à Mr Tan, l’auteur de l’inénarrable Mortelle Adèle« Une Pépite comme celle de Delphine Perret pour Björn aide et donne de la visibilité mais je pense aussi qu’au bout de trois ans, les gens nous ont repéré », note la fondatrice Valérie Cussaguet, qui annonce une hausse de 24 % de son chiffre d’affaires par rapport à 2015.

Sarbacane a fait son meilleur chiffre depuis la création de la maison en 2003: Rebecca Dautremer a signé pendant quatre heures 250 exemplaires du Bois dormait et a attiré la curiosité avec Totem, la Pépite des grands, première BD de deux jeunes auteurs, Nicolas Wouters et Mikaël Ross. Tandis que la meilleure vente du stand des Pépites a été la Pépite d’or de Winshluss, Dans la forêt sombre et mystérieuse (Gallimard BD).

Les visiteurs ont toutefois fait preuve de modération dans leurs achats. Pour la majorité des éditeurs, le chiffre d’affaires est meilleur qu’en 2015, mais inférieur à celui de 2014. « La fréquentation est assez extraordinaire mais les ventes ne suivent pas forcément. Nous avons eu un monde fou le samedi mais le chiffre d’affaires de la journée est celui de 2015, qui n’était pas une bonne année. Les gens achètent moins », assure la libraire Nathalie Bertin. « Nous avons vendu plus de livres mais des titres pas chers. Le panier moyen est en baisse à 10,80 euros », confirme Thierry Magnier chez Actes Sud.

La 33e édition de la manifestation, en 2017, se déroulera du 29 novembre au 4 décembre.

Source Livre Hebdo

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